Le Voyage incertain

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Journal photographique en Cinémascope n° 2
(2010 - 2013)

Photographies argentiques, tirages lambdas, nombre et formats divers.

« Le Voyage incertain » est le deuxième volet d’un journal photographique entamé en 2010 avec « Les Temps calmes ».
En 2010, je suis parti de Paris avec ma compagne pour rejoindre Beirut par les transports en commun. Pendant quatre mois, nous avons traversé l’Italie, la Grèce, la Turquie, l’Arménie, la Syrie et le Liban. Cette longue traversée d’Ouest en Est, vécue à deux, s’est accompagnée d’un cheminement amoureux, d’une reconquête amoureuse – le voyage n’est-il pas, finalement, une quête personnelle?

M’éloignant volontairement de la chronologie ou de la description documentaire, mélangeant et confrontant étapes et les géographies des pays traversés, les images tissent alors leurs propres réseaux de liens, et, débarrassées de leur rapport immédiat au réel, s’échappent pour emprunter et incarner les figures, les signes scénarisant le déroulement d’une possible fiction: il y a la route, les traversées et l’attente, la station-service au milieu du désert, des passants et des silhouettes récurrentes, des villes fantomatiques et des paysages nébuleux.

L’utilisation d’un appareil jouet argentique dont le cadre en « faux panoramique », avec ces bandes noires horizontales, donne à l’image un format Cinémascope, qui contribue à la faire dériver vers la fiction, tout comme le grain de l’argentique, les couleurs saturées, et ces entrées de lumières imprévues, aux rouges explosifs, qui zébrent l’image comme des pincements au cœur liés au souvenir d’une émotion forte, et qui disent aussi les accidents, le hasard.

« Le Voyage incertain » est le récit de ce temps « en dehors » aux contours parfois troubles et aux lumières hasardeuses, parfois apaisées, enfin lumineuses.

« Cette série très « cinématographique » exprime la puissance suggestive de l’image, la manière dont nous pouvons réactiver des sensations par la simple vision d’une image. Chacue photographie évoque, de manière différente, une forme de sensualité, une histoire de sens. Il y a ces deux personnes se tenant la main, évoquant tout à la fois une complicité, les vacances ou le voyage lointain, l’ombre bienfaisante quan le soleil est de plomb. Il y a cette route traversant un paysage aride, on croirait sentir la chaleur etouffante, le goudron brulant. Et puis ces jambes nues au bord de l’eau. Concentrons nous un peu sur l’image et nous aurons bientôt sous les pieds la sensation des algues mouillées et de la fraicheur apaisante … »
Texte de Marie Deparis-Yafil, commissaire de l’exposition « L’Empire des Sens », ARCA #1, Les Arches, Issy-les-Mx, 2013.