Les Paysages fictifs

http://www.ericbouttier.com/les-paysages-fictifs/

2005

8 photographies argentiques, 24 x 30 cm.

Cette série de photographies est née de l’exploration d’une vaste friche industrielle à la périphérie de Paris, l’un des exemples de ruine moderne les plus révélateurs, lieux catalyses représentatifs du paysage urbain, bâtiments industriels gorgés de mémoire. Comment le temps s’empare-t-il de ces constructions humaines, emmurées dans l’attente de leur destruction imminente ? C’est au travers du paysage – ou plutôt de ce qu’il en reste : des bribes de paysage – que s’est concentrée ma démarche : la survivance de la nature dans un territoire urbain en mutation permanente.

Sous jacente car effectivement écrasée par les constructions industrielles, la nature y est comme plongée en léthargie, silencieuse, surgissant en filigrane, s’infiltrant dans les failles du sol ou des murs, prête à réinvestir les ruines – le lent retour à l’ordre naturel, la construction éphémère dans la destruction latente. C’est ce même temps de latence qui fait naître, sous la surface de l’ici et du maintenant, dans les fissures d’un lieu maintenu sur le fil ténu de l’entre-deux, la possible existence d’un autre espace, alternatif, une échappatoire à la fois fictive et poétique.

Il s’agissait non pas de rester dans une approche photographique strictement documentaire mais de se diriger vers ce qui peut mener, au sein d’un territoire défini, vers un ailleurs fictif, et le paysage est ainsi apparu comme un espace possible à inventer, une surface de projection à mettre en scène.