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" D'habitude, le paysage est ce qui est là-bas, au loin, où il faut aller pour voir de près ce qu'il en est. Et une fois que nous y sommes, le paysage a disparu, et d'autres paysages se lèvent...
Mais il est une sorte différente de paysage. Alors il n'est plus un tableau, il est comme un enveloppant souvenir. Sa poésie n'est pas issue de l'inaccessible, comme celle des hauts glaciers et des horizons immenses. Elle sourd de la proximité et de la familiarité d'un pays de connaissance."
Jean Claude Lemagny

        Cette série de lomographies en noir et blanc, est une recherche à la fois esthétique et sensorielle sur la photographie de voyage. Amorcée lors d'un voyage en Bolivie en 2005 DES PAYSEMENTS #1: LA PAZ, 2005, elle s'est poursuivie avec un second volet, DES PAYSEMENTS #2: BEIJING - SHANGHAÏ, 2006. Trois autres voyages entrepris en 2008 sur différents continents en composeront la suite. Chaque voyage effectué s'apparente donc à un chapitre à part entière qui joue, en fonction de son contexte, sur les différentes sensations liées à la sensation de dépaysement: à chaque voyage, son propre mode d'être au monde.
      Les territoires appréhendés lors de chacun de ces déplacements itinérants sont uniquement traversés – il n'y est jamais question d'immersion. Ce sont des paysages toujours changeants, qui se renouvellent sans cesse: entre aperçus, non appropriés, et déjà passés. Les photographies sont faites le plus souvent dans ce mouvement incessant, alors que le regard, alerte, est dans la découverte permanente. Le paysage est en marche, et le regard aimerait embrasser en une fois chaque détail.
      L'acte pulsionnel qui commandite chaque prise de vue dérive directement de cet état du voyageur pour qui le regard porté sur chaque chose est neuf, inédit. Les images qui en découlent sont très spontanées, ce sont celles, un peu maladroites, saccadées, de la première impression, brute et instantanée. Elles cherchent avant tout à retranscrire cette sensation: un regard immédiat et sans recul.
      Par la déconstruction de l'image qu'il opère, l'appareil lomographique (sorte d'appareil – jouet muni de quatre obturateurs) s'est imposé comme le moyen photographique privilégié afin de retranscrire ces sensations directes. L'utilisation de cet appareil induit un rapport encore plus immédiatement physique de retranscription: sa maniabilité permet d'être toujours dans l'instant et le mouvement, de ne pas se couper de ce temps particulier propre à l'itinérance mais d'être au plus près d'une certaine forme de spontanéité. A la vision chaotique de territoires insaisissables s'est ainsi substituée une succession d'instantanés captés par un corps sans cesse en mouvement.
      Proches du défilement cinématographique (ce n'est plus 24 images par seconde, mais 4 images sur 2 secondes), en un long travelling horizontal, les séries se construisent sur le rythme accidenté d'une image chassant l'autre, adoptant le rythme du voyage.
      Cet appareil propose une séquence de fragments d'images qui s'intercale entre l'unicité de l'image photographique et le déroulement d'un film, et qui permet d'englober plusieurs images en une seule. Le regroupement des quatre images en une joue sur la répétition, l'étirement spatial et temporel d'un même motif, comme une pause, ou au contraire sur la confrontation même, les accidents, la déconstruction, la reconstruction. Que s'est-il passé, entre les fins bords noirs qui séparent chaque image et qui se cognent d'une image à l'autre ?
Carnets de notes
* D'ICI
« Un pays natal est moins une étendue qu'une matière, c'est un granit ou une terre, un vent ou une sécheresse, une eau ou une lumière. C'est en lui que nous matérialisons nos rêveries, c'est par lui que notre rêve prend sa juste substance ; c'est à lui que nous demandons notre couleur fondamentale »
Gaston Bachelard
Kerhouarn, Mériadec : petite parcelle du Morbihan, en Bretagne, territoire d'origine, lieu de l'enfance, dépositaire d'un passé familial collectif. Chaque retour aux sources voit resurgir les mêmes rituels, et réactive ainsi les mêmes images, déclenche les mêmes réminiscences. Voyage dans les fils arachnéens de la mémoire, à la lisière du passé et du présent, « D'ici » entend s'approcher d'une mémoire des lieux de l'enfance, cartographiant les traces actuelles du souvenir dans ce territoire qui demeure étrangement inchangé.
Ce travail a également fait l'objet d'une vidéo (d'après films Super 8), conçue pour une projection individuelle sur moniteur et casque (8 minutes, 2007).
* LIFE VEST IS UNDER YOUR SEAT
« L'errance n'est ni le voyage ni la promenade mais bien : Qu'est-ce que je fais là ? » Alexandre Laumonier
A la sédentarité constitutive de « D'ici » répond le flottement de « Life vest is under your seat » , fil d'images glanées ici où là, sur la route, et qui s'envisage comme un recueil de sensations, un réseau de connexions tissant ses résonances indépendamment des différents espaces et temporalités qu'elles véhiculent. Ce sont des images « restantes », non préméditées, de moments en creux, flottants – ces instants où l'on se trouve à la fois dans et hors du monde.